co-entreprendre

Lancée sur un coup de tête en 2011, la Brasserie de la Lesse a pris un tournant important il y a quelques semaines en doublant sa capacité de production.

 

Entreprendre en coopérative, ça reste avant tout une entreprise, un projet de #co-entreprenariat. Le projet de la Brasserie de la Lesse a véritablement pris forme fin 2011 avec le pari un peu fou de quelques copains de la confrérie dite « du Busson » de racheter et relancer la Brasserie La Rochefortoise.

Conseillés par Credal, les 3 fondateurs optent pour une scrlfs (société coopérative à responsabilité limitée et à finalité sociale), une forme juridique qui répond en tout point à leurs besoins : une responsabilité partagée entre les fondateurs, un capital variable et le respect de la finalité sociale que les fondateurs s’étaient fixée.

Mais surtout, le choix de la forme coopérative a été une des clés du succès du projet comme l’explique Norbert Buysse, un des fondateurs : « les coopérateurs ont adhéré au projet et, au-delà de leur participation financière, certains coopérateurs se sont vraiment impliqués dans le projet. Nous avons ainsi pu profiter dès le départ d’un vivier de compétences comme un électricien, un graphiste… »

 

Une force de vente

« Mais surtout, ce sont les coopérateurs qui ont assurés la commercialisation de nos bières. Tout d’abord en étant eux-mêmes clients mais surtout en promotionnant partout autour d’eux nos produits. »

Des produits appréciés tant pour leur qualité que pour leur positionnement. « On avait senti qu’il y avait une place sur le marché pour une bière 100% bio, produite localement avec une matière première dont on peut contrôler l’origine. Nous sommes toujours restés fidèles à cette ‘stratégie’ » ajoute Norbert. « On a lancé nos propres cultures d’orge brassicole bio et de houblon bio, en collaboration avec des cultivateurs et des négociants wallons. On vend exclusivement via des petits revendeurs et dans l’Horeca, rien via la grande distribution et rien à l’exportation. On garantit un prix de vente juste qui permet aux commerçants de réaliser une marge suffisante. La finalité est locale ! »

 

Cycle de vie d’une entreprise.

Mais la Brasserie n’évite pas le cycle de vie de toute entreprise. Après un début en fanfare, la Brasserie connaît sa première crise avec des problèmes de production, un moral en berne et le départ d’un des fondateurs. Un choix se pose alors : il faut refinancer et revoir le Business plan pour poursuivre l’activité.

« Ici aussi, l’apport des coopérateurs a été important tant par leur nouvelle contribution financière que par leur support moral. L’arrivée d’un nouvel associé a aussi apporté pas mal de maturité dans notre gestion. On a mieux réparti les responsabilités et Manu, avec son profil d’ancien consultant, a permis de mieux nous structurer » ajoute Norbert.

Achat d’une nouvelle cuve, puis 2, puis 3. Entrée de la Sowecsom dans le capital. Un produit de qualité, une assise financière, des coopérateurs actifs, la Brasserie coopérative de la Lesse a véritablement pris son envol en 2014.

 

Croissance et nouveaux projets

Toujours dans le respect de leurs valeurs et de la finalité sociale de la coopérative, l’aventure se poursuit avec :

  • un investissement de plus de 1.3Mio € en partie financé par un nouvel appel aux coopérateurs (à concurrence de 10%),
  • l’installation de la Brasserie dans un ancienne ferme,
  • une brasserie basse énergie en collaboration avec 2 autres coopératives : Coopeos pour l’installation énergétique & Pailletech pour l’agrandissement et l’isolation du bâtiment,
  • 4 employés, 6 administrateurs
  • 300 coopérateurs,
  • une capacité de production qui sera passée de 480 à 1300 hectolitres en 6 ans (soit environ 390.000 bouteilles ou plus de 16.000 casiers)
  • un projet Horeca dans les tiroirs (des discussions sont en cours avec la coopérative Alter et vous)

 

7 enseignements parmi d’autres

 

Que retenir de l’aventure de la Brasserie Coopérative de la Lesse ?

 

1. La forme coopérative est particulièrement appropriée pour des projets impliquant plusieurs fondateurs, un capital de départ limité, l’envie d’impliquer activement les coopérateurs dans le projet, une finalité sociale. Ainsi, le départ d’un des fondateurs et son remplacement n’a pas fait capoté le projet, un changement d’actionnariat n’entraîne pas de modifications de l’acte constitutif, des problèmes de rachat de parts…

2. La forme coopérative est particulièrement appropriée pour des projets impliquant plusieurs fondateurs, un capital de départ limité, l’envie d’impliquer activement les coopérateurs dans le projet, une finalité sociale. Ainsi, le départ d’un des fondateurs et son remplacement n’a pas fait capoté le projet, un changement d’actionnariat n’entraîne pas de modifications de l’acte constitutif, des problèmes de rachat de parts…

3. Il faut une « stratégie », pas uniquement une bonne idée ou une idée louable. Brasser une bière bio locale était en soit une idée louable mais aussi une bonne idée « marketing ».

4. Il faut gérer la coentreprise, il faut un business plan, il faut convaincre de la viabilité de son projet, il faut gérer les finances au quotidien, il faut investir et se développer. Une coopérative à finalité sociale, oui mais aussi et avant tout une entreprise.

5. Les coopérateurs : le clé de voute du modèle. Il faut les convaincre, qu’ils investissent et qu’ils s’impliquent. Ils sont les meilleurs ambassadeurs du projet. Mais Norbert pointe ici aussi une petite déception « sans leur implication, on ne serait probablement pas où nous sommes aujourd’hui. Mais par contre, l’implication a ses limites et croire en une grande dynamique où tous s’impliquent reste un vœu pieu.

6. Un bon CA est aussi très important avec un bon mix de profils différents et complémentaires. Par contre, Norbert pointe ici aussi un frein « le CA s’implique et se réunit tous les mois. Mais si on pouvait rémunérer le CA pour profiter encore plus de ce mix de compétences en complément de la gestion quotidienne, ce serait plus pratique ».

7. Une coopérative qui coopère avec d’autres coopératives, ça fonctionne car les partenaires se respectent et partagent des valeurs communes. La collaboration est tout de suite très saine et très transparente.