Si le circuit court alimentaire est riche d’histoires coopératives, il est d’autres secteurs où le co-entrepreneuriat démontre toute sa raison d’être. La sphère technologique a vu naître une startup coopérative où la dimension collective prend tout son sens : Cytomine.

 

Fondée début 2017, Cytomine est une spin-off de l’Université de Liège qui a mis au point un logiciel d’analyse collaborative d’images biomédicales de très haute résolution. Partagées sur le web, ces dernières peuvent être enrichies d’annotations grâce au logiciel tout en faisant appel à l’intelligence artificielle. Il trouve par exemple son application dans l’aide à l’évaluation de nouveaux traitements ou au diagnostic anatomo-pathologique de cancers. Du high tech derrière lequel on trouve 3 chercheurs dont Grégoire Vincke, CEO : ‘le programme de recherche terminé, nous avons décidé de créer une société coopérative car c’est la forme d’entreprise qui permettait d’intégrer le plus facilement dans sa gouvernance les divers développeurs qui contribuent au code de notre produit open source’.

Pour structurer le projet entrepreneurial, Cytomine fait appel à Step Entreprendre : ‘travailler avec une agence-conseil nous semblait un must pour développer une société de ce type, réfléchir à son modèle économique, à ses modalités de gouvernance et d’intégration des coopérateurs, etc.’. La coopérative à finalité sociale en compte à ce jour cinquante, aux profils variés : personnes ayant l’usage du logiciel ou non, investisseurs, mais aussi la Sowecsom (groupe SRIW), qui finance les coopératives wallonnes via la mesure Brasero.

Aux côtés de Damnet et Champs libres, Cytomine est une des rares coopératives dans un secteur technologique relativement conventionnel : ‘c’est clair qu’un modèle comme le nôtre ne va pas intéresser le business angel qui veut un gros retour sur investissement, mais nous sommes dans les clous par rapport aux autres start-ups de notre écosystème, tout en étant tout à fait cohérent par rapport à notre raison d’être. Et le modèle coopératif et son capital variable ont le grand avantage d’offrir une grande liberté dans la levée de fonds’.

Incubée chez WSL, la coopérative est avant tout une entreprise en développement. Si elle propose un logiciel gratuit, ce dernier est assorti d’une panoplie de services venant nourrir son business model : installation, hébergement, maintenance. ‘Nous commercialisons également des produits relatifs à notre solution open-source, par exemple des morceaux complémentaires de logiciel, ou encore des algorithmes qui aident les utilisateurs dans l’analyse automatique des images’. Et l’intelligence de ne pas être qu’artificielle mais également collective dans cette coopérative de travailleurs qui a misé sur un management horizontal afin que la coopération s’inscrive totalement dans l’ADN du projet.

Capitalisée dans un premier temps à hauteur de 500.000€, Cytomine a désormais pénétré un marché où son enjeu majeur sera de rester concurrentielle. Pour son financement, place ici aussi au participatif. Un nouvel appel public à l’épargne va être émis sous peu, de quoi vous permettre de soutenir cette entreprise dont l’ambition est d’avoir un impact sur l’éducation, la recherche et la santé. Et de quoi vous démontrer que le co-entrepreneuriat est un modèle performant, alliant préoccupations sociétales et impératif de rentabilité.