Une vingtaine de coopératives en Wallonie ont depuis quelques mois des coopérateurs d’un nouveau type ! Des employés de Caterpillar, mis sur la touche par un modèle économique, ont décidé de réinvestir une partie de leur rémunération de départ dans un modèle économique différent : plus humain, plus local, plus concret.

 

«En cherchant sur internet, un peu par hasard »

« C’est en cherchant sur internet, un peu par hasard », voilà comment Loris Roncoletta nous explique comment il est « tombé » sur les coopératives. « On se renseignait sur un monde qui nous était assez étranger, voire un monde parallèle : le monde de l’entreprenariat ».

Loris a fait l’ensemble de sa carrière dans l’industrie avec comme dernière étape en date : Caterpillar à Gosselies.

Depuis l’annonce en septembre 2016 du plan de restructuration et de la fermeture du site de Gosselies, Loris et ses collègues ont eu le temps de réfléchir à leur avenir, un avenir qu’ils voulaient différent : « On voulait un réveil par rapport aux grosses structures internationales déconnectées de la réalité économique locale. On avait envie de réinvestir dans quelque chose d’utile, de local. On avait envie d’aider notre communauté. » Des contacts sont pris tout azimut, avec des invests, des incubateurs, des business angels… et la Sowecsom. « Les premiers contacts avec des coopératives ont été très ouverts. On a rencontré des entrepreneurs passionnés, portés par leur projet. Cette dynamique positive nous a tout de suite plu, une vraie soupape morale au milieu de la morosité de la fermeture. » « C’était surprenant, revitalisant » ajoute Michel qui a lui aussi suivi le mouvement en investissant dans quelques coopératives.

 

Un fonds informel.

Sur base de ces premiers contacts, l’info circule entre les collègues. L’enthousiasme est communicatif, le capital sympathie est énorme. De manière informelle, un « fonds » se constitue et les premières parts dans des coopératives sont acquises. « On avait bien expliqué les risques, car ça reste malgré tout un investissement. Mais on avait aussi expliqué les avantages, entre autre la déductibilité « tax shelter » de ce genre d’investissement. » Là où la plupart des Business Angels exige un investissement minimum de 25000€, la mise de départ dans les coopératives est beaucoup plus petite. « Ça nous a permis d’avoir accès à des investissements plus abordables et plus mixés. La classe de risque est différente, on sait qu’on ne gagnera pas des milles et des cents mais on investit dans du tangible, du local. »

 

Du business idéaliste mais réaliste

« Au total, on doit être entre 50 et 60 à avoir pris des parts dans plus de 20 coopératives. Mais attention, on analyse et on reste rationnel dans nos choix. On veut investir dans de vraies entreprises avec de vrais entrepreneurs mais qui, en plus, veulent donner plus de sens à leur projet. C’est pour moi un capitalisme très libéral au sens où c’est très ouvert, très participatif. Quand on investit dans une coopérative, la philosophie est différente : on y va pour participer, pas pour s’imposer ! ».

Loris, Michel et leurs collègues sont aujourd’hui coopérateurs dans des coopératives aussi variées que Coursiers Wallons, Papote Café, COOPEM, Funghi Up, Marguerite Happy Cow, Cycle en Terre, la Brasserie du Renard, Coopeos, Equicoop ou Cytomine.

Michel a été particulièrement séduit par cette dernière, une spin-off de l’ULiège qui se développe une application dans l’imagerie très haute-définition : « Le projet, l’équipe, la présentation, tout était vraiment très pro.  Le management est très humain et surtout très motivé. Ils communiquent beaucoup et de façon très transparente ».

Loris revient sur ce point « Les coopératives me paraissent souvent plus transparentes que les startups. Avec la prise de décision participative, c’est presque impossible de faire autrement. Dans les startups, je constate que les fondateurs ont toujours un peu peur de perdre le contrôle quand ils voient des business angels investir dans leur projet. Avec les coopératives, il n’y a pas ce stress pour les fondateurs de savoir qui sera mon actionnaire. On coopère, on participe ».

Enmai 2018, Loris, Michel et les autres auront définitivement tourné la page Caterpillar et Michel d’ajouter un peu ému : « c’est un des autres éléments positifs de ce projet : on pourra rester en contact avec des ex-collègues via les Assemblées Générales. On en reverra 3 par ci, 5 par là… ».