co-entreprendre

Le cinéma d’animation nécessite l’apport de toute une série de métiers qui se réunissent autour d’un projet commun. Une activité pour laquelle la coopérative constitue un outil idéal dont la souplesse permet de répondre aux spécificités du secteur artistique.

 

L’industrie du cinéma belge a été dopée ces dernières années par le tax shelter qui a favorisé les coproductions de films. Le cinéma d’animation n’a pas échappé à la vague. Nombreux sont ainsi les studios étrangers à collaborer avec les studios belges trouvant ici non seulement un incitant financier mais également des compétences réputées et appréciées. « La réalisation d’un film nécessite l’enchaînement de toute une série de métiers de l’écriture du scénario au montage final, explique François Moens, en charge des aspects administratifs de la société coopérative Mad Cat Studio. Certains, comme les dessinateurs peuvent travailler quelques mois d’affilée, d’autres quelques jours. Le problème est qu’entre chaque projet, il peut s’écouler une période plus ou moins longue sans travail. »

 

De l’ASBL à la coopérative

 

C’est ainsi que fin 2013, une bande d’amis artistes a d’abord créé une ASBL baptisée Mad Cat Studio, dans le but de s’investir dans des projets plus personnels qui pouvaient meubler ces « temps morts ». Mais très rapidement, il s’est avéré que la structure qu’ils avaient choisie constituait un frein s’ils ambitionnaient des projets ambitieux. C’est alors que 4 artistes, dont le réalisateur Cédric Vandresse et le metteur en scène Mathieu Collard, ont fondé début 2016 une SCRL (Société Coopérative à Responsabilité Limitée). « Il fallait un modèle plus structuré et solide commercialement, poursuit François Moens. La coopérative s’imposait comme l’outil le plus adapté pour un travail commun. » L’asbl et les fondateurs sont les premiers copropriétaires et coopérateurs de Mad Cad Studio SCRL qui compte aujourd’hui une vingtaine de coopérateurs parmi lesquels une moitié d’artistes.

 

Leur outil de production

 

Cette société d’intermittents permet à la fois aux artistes de travailler ailleurs et de se retrouver pour un projet commun. Mad Cat Studio est l’outil de production des coopérateurs. C’est également un bon apprentissage pour aborder et comprendre la gestion ainsi que les aspects financiers d’un projet. « Il est clair que cette structure nous permet d’affiner notre capacité de production et ainsi nous professionnaliser, ajoute-t-il. Nous travaillons actuellement sur deux projets de courts-métrages. Ce qui est intéressant avec Mad Cat Studio est qu’un artiste peut venir avec un projet et nous en discutons. Comme nous ne possédons pas toutes les compétences, nous engageons en dehors. Un projet peut réunir plusieurs personnes qui sont alors salariées. »

 

Créativité et souplesse

 

Si la coopérative crée une dynamique, les processus sont parfois lents. « Nous pouvons essayer des choses, la coopérative le permet, souligne-t-il. Elle est également souple et c’est fort utile car nous évoluons dans un secteur d’activité qui n’est pas pensé pour une collectivité du type coopérative. Ainsi le droit d’auteur, par exemple, ne peut pas être perçu par une personne morale mais par une personne physique. Nous avons donc décidé de commun accord que l’un d’entre-nous touche ces droits et les rétrocède ensuite la société. On doit être créatif. On discute beaucoup entre nous. Il est clair que la démocratie ralentit les processus mais si on est capable de prendre les décisions, cela les consolide. »

 

Entreprise classique

 

Une coopérative est une entreprise classique et Mad Cat Studio ne déroge pas à la règle. C’est une boîte de production classique soumise aux même défis, notamment en termes de financement, que n’importe quelle entreprise active dans le secteur artistique. La différence se joue sur l’aspect collectif qui est primordial et qui se construit chaque jour. « Nous avons remarqué que les partenaires avec qui nous avons travaillé et qui ne sont pas coopérateurs ont joué le jeu de la coopérative et se sont inscrits dans cette dynamique collective », conclut François Moens, convaincu d’un modèle qui fait des petits puisque certains partenaires actifs dans la musique ou le maquillage envisagent sérieusement de passer en coopérative.