co-entreprendre

Dormir dans une cabane en plein cœur de l’Ardenne. Ce rêve est désormais possible grâce à deux entrepreneurs passionnés… et près de 200 coopérateurs ! Rencontre avec une jeune coopérative qui propose du slow tourisme.

Un rêve un peu fou se concrétise pour David Bavay et Fabien Ledecq, deux jeunes entrepreneurs wallons. «David et moi avons chacun grandi dans des petits villages de Wallonie », s’enthousiasme Fabien Ledecq, cofondateur de Mon lit dans l’arbre. « En 2015, lors de premières discussions à deux, nous rêvions de mettre en place un projet terre-à-terre. L’idée de construire des cabanes dans les arbres est arrivée très vite et nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas de projet de ce type à 300 kilomètres à la ronde (d’autres initiatives sont nées depuis, dont les Cabanes de Rensiwez, ndlr) ! »



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Des fonds réunis grâce au collectif et à l’aide publique 

Deux levées de fonds ont été organisées depuis le lancement du projet, ce qui a permis à pas moins de 170 coopérateurs d’investir une somme totale de 280 000 euros, à laquelle il faut ajouter une aide de la Sowecsom à hauteur de 200 000 euros grâce au plan BRASERO. Pour 1 euro investi par un coopérateur, le plan BRASERO a octroyé à la coopérative un financement d’1 euro, avec un plafond établi à 200 000 euros. « Nous devions obtenir un budget total de 800 000 euros. Nous avons également mis un peu de fonds propres et nous avons par ailleurs reçu un prêt de la Sowecsom. »

Pas encore rentable, l’aventure Mon lit dans l’arbre s’annonce plus que prometteuse. David et Fabien espéraient atteindre 30% de nuitées pour la première année d’activité. Les deux instigateurs sont déjà au-dessus de la barre des 60% et… doivent même régulièrement refuser des gens le week-end !

 

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Un rêve abouti, même sans le soutien des banques

La particularité de Mon lit dans l’arbre tient aussi dans la manière dont les instigateurs ont « monté » le projet. Plutôt que de passer par le chemin classique du prêt bancaire, David et Fabien ont fait appel à près de 200 coopérateurs. « Nous nous étions d’abord rendus dans quelques banques mais elles ont toutes refusé de nous prêter. Nous avions pourtant déjà fait nos preuves : j’ai créé une entreprise dans la gestion d’événements (Yellow Events) et David Bavay gère une société informatique basée à Luxembourg (Rime-It). »

S’ils ne connaissaient pas bien le modèle coopératif à la base, ils ne regrettent en rien leur choix. Pour Fabien, pouvoir combiner dividendes et bénéfices avec un projet porteur de sens et de valeurs est la formule gagnante sur le long terme.

Les deux entrepreneurs souhaitent également réinvestir dans le projet dès qu’ils dégageront des bénéfices afin de pouvoir créer des emplois locaux.  Actuellement, la coopérative compte une employée et travaille de temps à autre avec des étudiantes de la région. « L’ancrage local reste pour nous une dimension importante, et nous ne souhaitons pas sortir de ce modèle-ci », assure Fabien Ledecq.

Une relation collective
extrêmement forte

En échange d’une – ou plusieurs – part(s) de 250 euros, tout un chacun peut ainsi devenir coopérateur de Mon lit dans l’arbre. La contrepartie ? Participer à certaines prises de décision, percevoir un retour sur investissement lorsque le projet sera rentable… et obtenir une ristourne de 25% sur la réservation des nuitées.

Mais au-delà de ces aspects plus administratifs et financiers, les co-fondateurs soulignent la richesse de la relation qu’ils entretiennent avec les coopérateurs.

«  Les coopérateurs s’investissent en nous apportant leurs idées et leur savoir-faire, là où nous manquons parfois de certaines compétences. » Une relation extrêmement enrichissante, face à laquelle ils se sentent aussi plus redevables que s’ils avaient finalement fait appel à une banque. «  Si le projet venait à péricliter, nous serions aussi beaucoup plus impactés car derrière la coopérative, nous avons des visages. Avec une banque, nous n’aurions pas eu de relation telle que celle-ci ».

Un futur village de vacances ?

Cet été 2019, Mon lit dans l’arbre accueillera sa cinquième cabane sur un terrain de 3 hectares situé à Martilly, sur la commune d’Herbeumont, entre Arlon et Bouillon. Pour un peu moins de 200 euros la nuit, on peut écouter, tête sur l’oreiller, le chant des oiseaux en plein cœur de la nature.

Cette aventure un peu folle n’aurait pas été possible sans le soutien de Frédéric Struys, constructeur et créateur des cabanes (spécialiste du genre avec son projet, Le cabanier), qui épaule le projet de mois en mois.

Les deux fondateurs comptent, avec l’aide de Frédéric Struys, faire construire 10 cabanes, toutes aux ambiances singulières. Une des cabanes est accompagnée d’un jacuzzi, une autre est à moitié sous terre et une cabane collective, destinée à accueillir des team buildings, devrait voir le jour prochainement. « Nous aimerions par ailleurs être reconnus en tant que village de vacances par le Commissariat général au Tourisme de la Région wallonne, qui offre un subside et surtout une belle visibilité en Belgique et à l’étranger », termine Fabien Ledecq.