co-entreprendre

Voilà un peu plus d’un an, une boutique pas comme les autres a ouvert ses portes à Namur. Sapristi est un concept store spécialisé dans la décoration éthique. Des objets déco et du mobilier fabriqués par des créateurs et des entreprises qui promeuvent le design durable et les valeurs humaines. Un projet qui a pu voir le jour grâce à un modèle coopératif bien pensé.

 

Une entreprise collective

Opter pour le modèle coopératif coulait de source pour les deux jeunes entrepreneuses, Sarah et Virginie. Sarah, qui avait déjà été accompagnée dans sa reconversion professionnelle par Crédal*, était éveillée à ce mode d’entrepreneuriat. Pour elle, comme pour Virginie, un concept qui avait du sens se devait d’adopter un business model tout aussi orienté vers l’humain : « Une coopérative, c’est avoir derrière soi des gens qui souscrivent à la finalité sociale du concept. Bien sûr, ils nous apportent le soutien financier nécessaire, mais ils sont également partie prenante et forment une véritable communauté autour du concept.  Nous aurions pu lancer un crowdfunding, mais ça n’aurait alors été qu’un ‘one shot’. Les gens auraient contribué au projet de façon ponctuelle alors que nous voulions créer une vraie communauté qui nous soutiendrait dans le projet. La coopérative, c’est une forme de participation citoyenne. Les gens y mettent de l’argent parce qu’ils croient au projet et partagent les mêmes valeurs. Dès lors, ils s’impliquent davantage et peuvent devenir de précieux atouts. »

 

Les coopérateurs, des ressources précieuses

Pour nos deux jeunes entrepreneuses, les coopérateurs sont également une aide précieuse qui leur permet de garder le recul nécessaire et de faire les bons choix.

« Lorsque nous sommes bloquées, le nez dans une problématique, nous avons la possibilité de solliciter l’aide des coopérateurs. Grâce à leurs compétences et à leur regard extérieur, ils nous aident à trouver des solutions. C’est une véritable richesse. », nous confie Sarah.

En tant qu’entrepreneur, il est rare de rassembler en une, voire deux personnes, l’ensemble des compétences nécessaires à la bonne gestion d’une entreprise. Les coopérateurs peuvent donc représenter des ressources non négligeables auxquelles faire appel en cas de besoin.

La contribution des coopérateurs s’étend souvent bien au-delà d’un apport financier. Un conseil juridique, de gestion ou encore simplement des réponses sur les attentes et les comportements d’achat, autant d’informations essentielles qui peuvent non seulement aider l’entrepreneur, mais également renforcer l’esprit de communauté autour du projet. Les coopérateurs deviennent ainsi de véritables ambassadeurs qui portent le projet aux côtés de l’entrepreneur de façon active et impliquée.

« Lors de notre dernière assemblée, nous avons discuté avec les coopérateurs de la meilleure façon de les impliquer davantage. Outre la newsletter actuelle, nous prévoyons également de les contacter par e-mail lorsque nous avons un besoin, une question ou encore pour réaliser des mini sondages sur un sujet précis. Nous avons également comme projet de lancer des tables rondes sur des thématiques spécifiques. Nous pourrons y convier les coopérateurs ayant des connaissances ou une expérience dans cette thématique afin de trouver des idées et solutions lorsque nous en aurons besoin.  », nous explique Virginie.

 

Savoir s’entourer, la clé du succès ?

Sarah et Virginie ont bénéficié très vite d’un entourage enthousiaste par rapport à leur projet. Soutenues par leurs proches, elles ont pu compter sur eux pour prendre part à leur coopérative. Dès la présentation du projet et de son business plan, 70 coopérateurs ont adhéré au concept et elles ont pu réunir 70.000 € en parts sociales, les leurs y comprises. C’est ce capital social levé auprès de coopérateurs qui a permis à la Sowecsom d’entrer en jeu et d’en doubler le montant, leur évitant ainsi de souscrire un crédit bancaire pour pouvoir entreprendre cette première année d’exercice avec sérénité.

 

Le modèle coopératif, accessible à tous ?

De manière générale, lancer une coopérative n’exige pas de compétences plus grandes que celles d’une entreprise traditionnelle. Cependant, quelques règles doivent être respectées afin de construire une structure solide et viable sur le long terme.

« La création des statuts, par exemple, ne doit pas être prise à la légère. C’est une étape importante et laborieuse. Heureusement, nous avons pu nous faire aider, d’une part par le Crédal, mais également par deux juristes qui font partie de nos coopérateurs. Il ne faut pas voir cela comme une simple formalité à remplir. Les statuts représentent l’épine dorsale du projet. C’est là que tout se définit et c’est également ce qui va permettre, par la suite, d’éventuellement faire des demandes de subsides, de bourses et autres.

C’est une étape à la fois lourde et super riche car elle pousse la réflexion. Grâce à cela, le concept est pensé dans ses moindres détails et l’on prend réellement conscience des démarches à effectuer et des obligations qui nous incombent.

À côté de cela, lancer une coopérative ne diffère pas vraiment d’une structure plus traditionnelle. C’est surtout une ressource supplémentaire. Mais une ressource qu’il faut soigner et entretenir. Par exemple, nous sommes assez exigeantes sur notre façon d’interagir avec nos coopérateurs. Lorsque nous les sollicitons, nous aimons que ce soit de façon claire et structurée afin de rester productifs.

Bien sûr, pour pouvoir s’épanouir dans ce modèle, il faut avoir une personnalité qui aime les interactions sociales. Il faut être ouvert aux autres et être capable de prendre ce qu’on nous dit comme autant de conseils et d’opportunités d’apprentissage. » nous conseillent nos deux entrepreneuses.

 

Et si c’était à refaire ?

Pour Sarah et Virginie, opter pour un modèle coopératif est la meilleure décision qu’elles auraient pu prendre. Cependant, entre le business plan et la réalité du terrain, il peut y avoir un monde de différences.

« Si nous devions revenir en arrière, probablement que nous améliorerions notre plan financier. Nous l’avons monté avec nos connaissances de l’époque et la réalité du terrain est tellement différente que nous n’avons pas anticipé certains éléments. Actuellement, nous ne sommes pas encore en mesure de nous verser un salaire complet. Heureusement, nous avons bénéficié de l’aide de la Sowecsom ainsi que de la bourse Airbag, ce qui nous permet de travailler sereinement au développement du concept », ajoute Sarah.

* Coopérative belge active dans le financement solidaire à Bruxelles et en Wallonie. Plus d’infos : http://www.credal.be/