co-entreprendre

Au départ, 4 irréductibles décident de réagir face aux conditions de travail désolantes du secteur journalistique. Les impératifs financiers, l’urgence permanente, le manque d’autonomie ont en effet eu raison d’une profession autrefois valorisée et valorisante. Cette indignation a donné naissance à un média d’un genre nouveau : Médor, mook d’investigation et de récit.

 

Une structure unique

Médor a vu le jour en 2014, sous la forme d’une SCRLFS (Société Coopérative à Responsabilité Limitée et à Finalité Sociale). « Pour soutenir ce nouveau média, il fallait réfléchir à la meilleure structure possible, capable de refléter les valeurs des fondateurs : indépendance, démocratie, solidarité et transparence. Le modèle coopératif s’est donc imposé à eux tout naturellement », explique Laurence Jenard, directrice de Médor.

S’il a pu bénéficier de l’aide la Sowecsom pour démarrer son activité, Médor a un mode de financement unique qui lui garantit beaucoup plus d’indépendances:

  • 96% de son financement via la prise de parts des coopérateurs, l’abonnement et les ventes en librairie
  • et seulement 3% via la publicité, une proportion volontairement modérée.

Aujourd’hui, Médor ce sont 17 journalistes, quelque 950 coopérateurs, 2600 abonnés et 4500 ventes en librairie.

 

Une rédaction en chef tournante et horizontale

Chez Médor, la rédaction en chef est tournante et répartie autour d’un embryon rédactionnel de 6 personnes. Chaque numéro est pris en charge par un binôme différent, ce qui favorise une qualité d’écoute et une implication élevées de la part de tous les journalistes de l’équipe.

Lorsqu’il faut traiter un sujet sensible et complexe, un système de parrainage permet au rédacteur de pouvoir compter sur l’aide d’un journaliste plus expérimenté. Chaque trimestre, l’ensemble des journalistes se réunit pour discuter des sujets en cours ou à développer. Chacun a ainsi une vue d’ensemble sur les enquêtes des autres rédacteurs et peut apporter sa contribution en fournissant des infos complémentaires ou des contacts utiles.

 

La coopérative, un modèle exigeant

Si produire un contenu de qualité est une évidence pour les fondateurs de Médor, faire fonctionner une coopérative est en revanche une autre paire de manches.  C’est un apprentissage quotidien pour préserver la richesse de ce modèle basé sur l’horizontalité et la bonne relation avec chaque acteur.

Une coopérative demande beaucoup d’efforts pour fédérer l’ensemble des acteurs qui gravitent autour du projet. Il ne s’agit plus ici simplement de lecteurs, d’investisseurs ou d’équipe rédactionnelle, mais bien d’une véritable communauté qu’il convient de rassembler et d’animer afin que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice.

« Aujourd’hui, nous sommes totalement satisfaits du modèle coopératif, car c’est celui qu’il fallait pour asseoir l’indépendance de Médor. Mais, nous aimerions aussi aller plus loin dans la relation que nous entretenons avec nos coopérateurs pour les impliquer toujours plus dans le projet. En réalité, il nous faudrait une personne supplémentaire pour gérer la relation avec les coopérateurs », explique Tiffany Lasserre, chargée de communication.

Certaines actions ont été mises en place, comme la création du petit groupe appelé « les hamsters ». Ceux-ci participent à la promotion et à la visibilité de Médor. «  Les hamsters, sont à la roue ce que les coopérateurs sont à la coopérative, ceux qui la font tourner », ajoute Tiffany.

D’autres défis attendent donc encore cette noble initiative dont nous ne pouvons plus douter aujourd’hui de la nécessité et de la raison d’être.