co-entreprendre

S’approprier son outil de travail et ne plus dépendre des soubresauts d’un fournisseur, voilà ce qu’un groupe de médecins est en passe de réaliser. Entre deux consultations, les voilà tour à tour, financier, vendeur, informaticien, spécialiste marketing… avec une caractéristique en commun : une motivation énorme !

Fin février dernier, environ 1500 médecins apprennent que leur logiciel informatique « Épicure » a été racheté par un concurrent. Le plan de ce dernier est simple : imposer son logiciel à ces médecins et retirer Épicure du marché !

« Il faut savoir que pour un médecin, s’approprier un tel logiciel, c’est un investissement en temps et une source de stress dans le transfert des données », nous expliquent Alain-François Bleeckx et Pierre Masscheleyn, deux des médecins fondateurs de Medispring. « Épicure nous convenait parfaitement, nous avions un confrère comme contact qui comprenait nos besoins et adaptait le logiciel en fonction de ceux-ci. On nous a, du jour au lendemain, confisqué notre outil de travail. »

La corporation s’est véritablement mobilisée contre cet état de fait ! « On doit se réapproprier notre outil de travail, on doit prendre en main notre destin et notre outil informatique ».

 

 

En quelques semaines…

En moins de quelques semaines, la mobilisation s’organise et le projet de développer un outil adapté et dont les « utilisateurs médecins » auraient un contrôle total se met en place. « Une coopérative s’imposait comme le modèle idéal », indique Pierre, « tous les partenaires sont sur le même pied, c’est quasiment impossible de racheter l’entreprise car elle appartient à la collectivité. C’est une vraie garantie de pérennité. »

Environ trois semaines après l’annonce du rachat (le 21 mars exactement soit le premier jour du printemps), ils sont déjà 40 médecins présents à une première réunion pour la création d’un projet au nom tout trouvé MEDISPRING. Encore trois semaines et une seconde réunion rassemble plus de 100 médecins. 62 d’entre eux décident de prendre une participation financière dans la coopérative en construction. « A partir de là, tout s’est accéléré », ajoute Alain-François, « nous avons pu finaliser un plan financier et commencer les développements informatiques. Nous avons deux équipes de développeurs, soit douze informaticiens qui vont nous accompagner pendant 2 ans. La première version du logiciel sera lancée dès le mois de septembre prochain.»

 

Docteur « Marketing & Sales »

L’équipe s’organise. Autour des médecins fondateurs, Isabelle Polis apporte un soutien précieux. Forte de son expérience en management et en marketing, Isabelle connaît aussi très bien le milieu médical et le domaine de l’e-santé. « Son aide est essentielle », ajoute Alain-François, « je rappelle que nous sommes avant tout des médecins avec un agenda très chargé ».

Le logiciel Medispring est développé en fonction des besoins des utilisateurs. « Actuellement, nous visons les médecins généralistes mais on veut aussi proposer une version pour les spécialistes et tous les prestataires de soins (infirmiers, podologues, kinés, diététiciens…) et chaque fois, nous voulons les impliquer dans la coopérative pour que ce soit leur outil ! ». « On ne cherche pas le profit, on veut être break-even mais surtout on veut un logiciel qui nous convient et dont nous resterons les propriétaires ».

 

Le Facteur Humain

La motivation est énorme, la mobilisation aussi. Les échéances approchent. « La prochaine étape sera de nous structurer, savoir qui fait quoi, constituer une équipe de gestion, définir une stratégie commerciale… ».

La question suscite de nombreux débats entre les co-entrepreneurs. « Mais c’est aussi la particularité d’une coopérative, intervient Alain-François, on doit s’écouter et respecter le point de vue des autres. Les décisions doivent être collégiales et nous sommes tous très soucieux de cet aspect de notre projet ».

La rencontre se termine, le temps est compté, tout doit être prêt dans quelques semaines. « Début juin, nous avons organisé une grande réunion à Namur. Nous avons présenté notre projet à près de 400 médecins. Avant la réunion, nous avions déjà 100 médecins qui avaient pris une part, aujourd’hui, nous sommes déjà à plus de 450 coopérateurs. »

Ce financement est une des caractéristiques de l’entrepreneuriat coopératif. Ces médecins coopérateurs qui croient dans le projet seront les premiers utilisateurs, les meilleurs ambassadeurs et surtout, la meilleure garantie du sérieux du projet. Boucler un financement dans ces conditions est beaucoup plus facile !

Crédit photos Céline Blerot

 

 

Nous avons tout de suite vu que ce projet, bien que risqué, était solide et la motivation des fondateurs énorme. Le plan financier était bien construit mais il sera vraiment important maintenant que l’équipe en place se structure et définisse clairement sa gouvernance.

Combien de projets ne capotent-ils pas à cause de problèmes entre les associés ! Un point rassurant cependant, un modèle coopératif, contrairement aux autres formes d’entreprises, permet plus de mouvement dans l’actionnariat sans remettre en question la pérennité du projet.

Nicolas Reginster

Conseiller , Sowecsom

 

 

Trois arguments pour une coopérative

  1. Garantie de pérennité du projet, la revente devant être acceptée par la majorité des coopérateurs
  2. Projet qui privilégie le service aux utilisateurs plutôt que le paiement de dividendes aux actionnaires
  3. Un projet fédérateur et mobilisateur où les coopérateurs peuvent prendre un rôle actif et s’approprier leur outil de travail