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Bien sûr, il y a ses arômes de miel, sa blondeur, sa légèreté (5.8°). Mais si l’Ornoise séduit, c’est aussi grâce à son histoire.  

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Ici, à Mont-Saint-Guibert, la papeterie et la brasserie ont été pendant longtemps les deux industries pourvoyeuses de l’essentiel des emplois. Elles ont fait vivre le village et soudé la communauté autour de traditions et de savoirs partagés. C’est dans ce village du Brabant wallon qu’étaient brassées et embouteillées deux fleurons de la brasserie belge, la Leffe et la Vieux-Temps. En 1996, Inbev délocalise leur fabrication. La brasserie est désormais déserte, les cuves à l’arrêt, les Guibertins un rien orphelins. 

 

Intelligence collective 

 

Vingt-deux ans plus tard, en 2018, à l’occasion de la fête de la Transition, 19 d’entre eux, jeunes et moins jeunes, décident de se retrousser les manches pour réveiller ce savoir-faire local. Ils fondent leur coopérative, la Brasserie de l’Orne, et rêvent déjà d’une bière à son nom. Ce sera l’Ornoise, du nom de l’Ornoy, le ruisseau dont l’eau est nécessaire à sa fabrication. On réinvestit alors les bâtiments, on réapprend, on goûte, on améliore, on s’enthousiasme. « Notre objectif était de récupérer un espace mais aussi un patrimoine immatériel, celui du savoir-faire brassicole de Mont-Saint-Guibert », commente Jean-Denis, l’un des cofondateurs de la coopérative. « Le résultat, c’est une bière avec un parfum de chez nous, et des goûts de chez nous. Une bière qui ajoute une couleur à l’arc-en-ciel. »

Deux ans plus tard, la Brasserie de l’Orne compte quelque 300 coopérateurs. Il y a ceux qui brassent, ceux qui imaginent une étiquette, ceux qui portent les caisses, ceux qui font les comptes, ceux qui encouragent, ceux qui dégustent et ceux qui discutent. Chacun coopère à sa manière. « C’est l’un des avantages du modèle coopératif, commente Jean, l’un des autres cofondateurs de la Brasserie de l’Orne. Chacun fait ce qu’il sait faire et ce qui lui plaît le plus. » Autant de talents invités à mettre la main à la pâte et à donner leur avis. « Le modèle coopératif, c’est une manière de miser sur l’intelligence coopérative plutôt que sur l’individualisme. Être plusieurs permet d’aller plus loin », estime Jean. 

Se réapproprier la bière

 

À contre-courant de la mode des microbrasseries « artisanales » qui n’ont d’artisanales que le nom, la Brasserie de l’Orne se distingue par un processus de fabrication entièrement local, maîtrisé de A à Z. Labellisée biologique depuis fin 2019, elle met aussi un point d’honneur à collaborer essentiellement avec d’autres coopératives, avec qui elle partage les mêmes valeurs de participation, d’écologie et de circuit-court. La quasi-totalité de ses ingrédients sont d’origine belge, depuis l’orge wallonne jusqu’au houblon venu directement d’un petit producteur flamand.

Notre objectif est de nous réapproprier la production de bière aujourd’hui essentiellement aux mains de grands groupes », commente Jean. Dans cette optique, les autres brasseries locales sont perçues non pas comme des concurrentes mais comme des partenaires. « Nous aimerions à l’avenir collaborer avec d’autres microbrasseries pour mutualiser l’achat de matières premières, de matériels ou de ressources. Les coopératives forment un écosystème où la solidarité prédomine : l’objectif commun est d’inonder le marché de bonnes bières locales sans se livrer de concurrence acharnée. » 

 

Principal défi du modèle?

 

Entretenir la flamme des coopérateurs sur le long terme, malgré les aléas inhérents à toute entreprise collective. « Il faut pouvoir motiver les troupes, nourrir l’enthousiasme qui était là au début par des nouvelles initiatives, afin que tout le monde continue à s’investir », commente Jean

Aujourd’hui, la Brasserie de l’Orne emploie deux personnes à temps partiel. Elle espère, dans les mois et années à venir, pouvoir engager d’autres travailleurs. Des ambitions réalistes, mais solides, en phase avec les valeurs du projet. Car si la Brasserie de l’Orne entend retisser du lien social au sein du village et donner du baume au cœur des Guibertins, elle souhaite aussi s’affirmer comme un modèle économique viable.

Privilégiant une distribution dans les commerces de proximité et les restaurants de la région, elle montre qu’il est possible de faire du bon travail sans miser sur la croissance infinie et l’exportation à tout crin. Son créneau ? L’économie locale, dont elle participe pleinement à la redynamisation. « Notre modèle, c’est de travailler avec des produits locaux et des volumes finis. Notre but n’est pas de devenir Jupiler, mais tout simplement de fabriquer une bière délicieuse », conclut Jean-Denis. Une ambition qualitative, humaine et gustative. En un mot, coopérative